Toubakouta – Environnement – Une Mangrove de 7000 hectares, une île de 3000 ans, des Baobabs tombeaux

Toubakouta – Environnement – Une Mangrove de 7000 hectares, une île de 3000 ans, des Baobabs tombeaux

Toubakouta est un village du Sine Saloum, distant de Dakar de 235 Km, surtout si l’on opte pour le trajet Dakar-Fatick-Kaolak. Dans cette localité se niche une Aire Marine Protégée (AMP), le Bamboung qui a une superficie de sept mille (7000) hectares, avec plusieurs espèces cohabitant dans la Mangrove. En formation sur les procédures de création et de gestion des AMP, ce qui se passe dans ces profondeurs du Sénégal est tout simplement magique. Le périple nous mène tout d’abord à l’île de Jorom Bou Mak, après une quarantaine de minutes de navigation.

Nous étions accompagnés des éco gardes dans une barque de 40 chevaux d’autant que la marée était haute. Je vous épargne les prières secrètes des passagers, surtout les femmes. Clin d’œil à Madame SY.
« Jorom mou bak », du nom de l’île doit son appellation au plus grand nombre d’amas coquillers de la localité. C’est la première sensation de cet endroit très méconnu des populations sénégalaises. Le Conservateur du Parc, le Commandant Cheikh NIANG, de raconter : « si vous voyez des monticules, sachez que ce sont des tombeaux car on y enterrait les habitants de l’île. Maintenant, la taille des tombeaux dépendait de l’importance des morts ».
Sa particularité est qu’elle pilule d’amas coquillers, avec une végétation touffue et les scientifiques affirment que cette partie de l’île a été exploitée entre le 7ème et 13ème siècle. Ce qui veut dire que Djorom bou mak date de trois mille (3000) ans.

« C’est 3000 ans d’histoire où beaucoup de groupes sont passés par là. Et d’après certaines fouilles, bien entendu archéologiques, on y a trouvé es ossements humains et d’autres vestiges exposés à l’UFAN. Du fer aussi a été trouvé. L’île est inhabitée, mais fait 400 m de long au Sud et 210 m à l’Ouest avec 12 m de hauteur pour une superficie de 10 hectares », explique le gestionnaire du patrimoine au niveau national, Mayécor DIOUF.

Des Baobabs servaient de tombeaux

Le commandant argumente ses explications en montrant des baobabs qui étaient creusés de l’intérieur où on pouvait apercevoir des ossements humains. « Ces baobabs qui ont des ouvertures servaient à accueillir les griots morts. Dans cette société, l’on disait qu’enterrer des griots avec des roi portait malheurs », révèle ce dernier. L’île montrait une scène féérique avec des arbres fruitiers comme le « néw », le « ditakh », le « solom » ou encore le « bouye » qui tapissaient le sol herbacé, parce que mûrs. Les visiteurs s’en donnaient à cœur à joie, avec une anecdote du conservateur : « ceux qui ont consommé les fruits vont rendre compte aux propriétaires la nuit », dans un fou rire. Rien que l’exploitation de la paille dans cette île dans l’année donne un million hit cent mille (1.800.000F CFA) francs.

D’où la réflexion du capitaine KANTE sur la gestion. « Au-delà de l’exploitation touristique, il nous faut penser aux activités génératrices de revenus comme le maraichage, la vente de la paille, le bois entres autres secteurs », a-t-il expliqué.
En haut de l’île, on pouvait apercevoir la mangrove dans toute sa splendeur, étalée sur sept mille (7000) hectares. Dans les prochains jours, une rencontre se fera entre toutes les composantes pour améliorer le cadre d’autant que l’île est inhabitée, mais exploitée par les hôteliers, de nuit comme de jour en y amenant des touristes qui payent de folles sommes pour la visiter. « On va les convier à notre table et trouver le meilleur cadre d’exploitation. En ce qui nous concerne, on va essayer de construire une débarcadère à Jorom bou mack pour mettre à l’aise les touristes », affirme le sous préfet de Toubakouta.

Mirador, ces éco gardes qui risquent leur vie pour…

Cap ensuite au lieu de surveillance communément appelé Mirador qui est du reste très imposant avec don « R+2+balcon ». Il est en fer recouvert de paille pour empêcher la rouille causée par le sel marin de la mangrove. Le mirador a remplacé les anciennes reliques qui étaient en bois comme le rônier. Il permet aux surveillants, au nombre de six (6) qui se relayent par deux (2) jours, de guetter les moindres faits et gestes de personnes qui sillonnent les environs. Mais le mirador présente un réel danger pour ceux qui le fréquentent car il n’a pas une bonne assise et ne peut supporter plusieurs personnes. Même les surveillants sont exposés car les remparts de protection ne le sont que de nom.

Selon Gorgui Basse alias Koutoubo, en place depuis 2002 au Mirador, les conditions de travail sont très difficiles. « On ne se plaint plus avec les 7000 francs payés en deux jours, à raison de 3500 F par jour, car on a démarré avec une pièce de 100 francs qu’on nous donnait pour le transport. Nous sommes passés de 1000 à 7000 francs, mais c’est difficile. Ce métier est dangereux car on risque nos vies, mais nous ne sommes pas assistés. Lors des événements de 2008 où un braconnier a trouvé la mort, j’ai fait des jours de prison alors que je n’en étais pour rien. Nous manquons cruellement de moyens, matériels, logistiques et autres. Nous avons une dotation de dix litres de carburant, pour une pirogue de 15 chevaux, pour couvrir une distance de plusieurs milliers de kilomètres. Si les trafiquants ont des bateaux plus puissants que les nôtres, la bataille est perdue d’avance », explique le surveillant qui a plus de soixante (60) ans. Le vieux Koutoubo explique que même ses collègues de la Guinée Bissau sont mieux lotis en logistiques alors que ces derniers étaient venus au Sénégal pour s’imprégner de leur expérience en la matière.

N’étant pas assez armés, les surveillants ont un rôle de relais avec les agents. Ils ne font que transmettre des renseignements sur des agissements douteux de personnes et les agents interviennent et les affrontements peuvent être d’une rare violence car les braconniers aussi sont armés jusqu’aux dents.
Cette étape qui était la plus longue, après une heure de navigation amène l’équipe au campement de Bamboung qui est niché dans une mangrove truffée d’arbres fruitiers qui deviennent de plus en plus rares dans les villes comme le « New », « Solom », « Benkhal », entre autres fruits exotiques.

Reportage de Beuleup

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